Cuba : le garrot se resserre

CubanoNotre « ami américain » s’apprête à serrer un peu plus le garrot qu’il a mis autour de Cuba depuis près de 70 ans (deux générations). Ce sera l’asphyxie mortelle ou la soumission. Ainsi va la démocratie du pays vantée par Trump au mont Rushmore comme « la nation la plus prospère, la plus accomplie et la plus exceptionnelle qui ait jamais existé dans l’histoire de l’humanité ».

Opposés à un régime communiste que Washington commençait à étrangler, de nombreux Cubains ont fui le pays qu’ils aimaient. Ces « Cubains de Miami » ont aussitôt travaillé à un changement de régime à La Havane. Mais les dirigeants cubains se sont eux accrochés au pouvoir, en partie par idéalisme communiste, en partie – et de plus en plus au fil des décennies – en se servant du système politique pour protéger leur caste et leur népotisme. En cela, ils restaient fidèles à la tradition latino-américaine qui va de Bolivar jusqu’à Bukele au Salvador, en passant par Somoza puis Ortega au Nicaragua. Peut-être est-ce parce qu’ils connaissaient cette réalité que les Cubains de Miami ont tenté un changement de régime sur le modèle cent fois utilisé par les USA : les armes à la main. Ils ont dû constater qu’on ne vient pas à bout de Cuba en débarquant quelques milliers de mercenaires CIA-maffieux dans la baie des Cochons (1961). Chez ces cubano-Américains, l’opposition au régime est devenue cette haine recuite qui anime Marco Rubio, l’actuel secrétaire d’État des États-Unis.

Voilà pour le désir de vengeance et la raison d’État. Mais un peuple vit à Cuba, des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards – innocents, si ce n’est d’exister – qui subissent un régime communiste archaïque, lui-même étouffé par la première puissance mondiale. Je connais assez bien les pays caraïbes et centre-américains. J’étais, par exemple, au Nicaragua pendant la guerre civile qui a renversé le dictateur Somoza et, auparavant, plusieurs fois à Cuba en reportage. Un touriste ne voit pas la misère dans ces pays, seulement le soleil, la mer, et cette chaleur humaine qui est si profondément latina. Il y a quarante ans déjà, j’aurais pu lui recommander de débarquer à l’improviste à Cuba, un froid matin de janvier. Il aurait vu l’avenue du bord de mer, le Malecón, plus grise, froide et triste qu’une rue de Berlin-Est. Il aurait croisé des Havanais au teint gris, serrant sur eux un manteau miteux (pour ceux qui en avaient), il aurait deviné les efforts déployés par un ami cubain pour pouvoir lui servir de la viande au dîner.

Ceux qui ne sont jamais allés à Cuba comprendront en lisant Leonardo Padura. Au-delà des enquêtes de son personnage, l’inspecteur Mario Conde, ses livres nous transmettent un peu de l’amour de la vie à la cubaine, beaucoup de la souffrance et du désarroi d’un peuple enfermé dans son île. Son dernier, L’eau de toutes parts, Vivre et écrire à Cuba, est son plus mauvais livre, parce qu’il s’interdit les sourires que permet le roman ; mais aussi le meilleur, parce qu’il peint sans artifice ce qu’est vivre à Cuba : une histoire de loyauté et de dignité sans espoir.

La raison d’État veut qu’un moustique anti-américain n’ait pas le droit de vivre à proximité des États-Unis. Une raison du même type veut que l’ex-pays protecteur, ex-soviétique, ne risque pas d’irriter le géant américain pour une histoire de moustique. Demain, Cuba va mourir ou se soumettre. Notre grand ami américain portera longtemps devant l’Histoire la responsabilité de ce crime gratuit.

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